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Vos SIRET et numéro de TVA sont publics : comment ils servent aux fraudeurs à l'étranger

Une boutique ouverte en votre nom sur une place de marché étrangère, des milliers de ventes, un contrôle fiscal évité de justesse : le témoignage d'un dirigeant, et les réflexes pour que cela ne vous arrive pas.

Par Alex-Alain•7 septembre 2026•6 min de lecture
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Il a tout fait dans les règles : société immatriculée, TVA déclarée, boutique en ligne honnête. Un jour, un avis « Escroc » apparaît sur sa fiche Google. En cherchant à comprendre, David découvre une boutique à son nom sur une grande place de marché… au Portugal. Plus de 4 000 avis, un chiffre d'affaires considérable — et un contrôle fiscal français déjà en préparation pour ces ventes « non déclarées ». Il n'avait rien vendu. Voici ce que son histoire enseigne, et ce que vous pouvez faire dès aujourd'hui.

Ce qui est public, et qui ne devrait pas vous surprendre

En France, la transparence des entreprises est un principe : quiconque peut connaître, gratuitement, le SIREN et le SIRET d'une société, son adresse, le nom de son dirigeant, sa date de création — et, via les actes déposés au greffe (statuts, procès-verbaux), la signature de ce dirigeant. Le numéro de TVA intracommunautaire n'est même pas un secret : il se déduit du SIREN par un simple calcul. Des sites d'information légale republient tout cela, avec les documents, en quelques clics.

Cette transparence est saine : elle permet de vérifier un fournisseur, un client, un partenaire. Mais elle a un revers que peu de dirigeants mesurent : tout ce qu'il faut pour se faire passer pour votre entreprise est disponible en ligne, gratuitement, en dix minutes.

Le témoignage : une boutique portugaise à son nom

« Une société a créé un compte vendeur sur une plateforme de type Amazon au Portugal, au nom de mon entreprise. Ils ont utilisé mon nom personnel, mon adresse, mon numéro de SIRET et mon numéro de TVA. Ils ont vendu un grand nombre d'articles — plus de 4 000 avis — et généré un très important chiffre d'affaires à mon insu. Je m'en suis aperçu quand quelqu'un a laissé une note d'une étoile sur mon profil Google avec le commentaire "Escroc". » — Jean, dirigeant

La suite est la partie la plus instructive.  Jean appelle la Répression des fraudes. Dès qu'il donne son SIRET, l'agent l'identifie : un courrier recommandé était sur le point de partir pour l'avertir d'un contrôle fiscal, afin de justifier ce chiffre d'affaires réalisé au Portugal et non déclaré en France. Les faits exposés et l'usurpation prouvée, le courrier a été mis de côté. Il a échappé de justesse à une procédure toujours délicate — pour des ventes qu'il n'avait jamais faites.

D'où venaient les informations ? D'un site d'information légale, où figuraient ses identifiants et sa signature sur les actes. Rien d'illégal dans cette publication. Rien de piraté. Simplement des données publiques, exploitées depuis l'étranger.

Pourquoi aucun registre ne vous aurait prévenu

C'est le point que ce cas met en lumière, et il vaut pour tout le monde : aucune société n'a été créée. Aucun registre — français, portugais ou européen — n'a enregistré quoi que ce soit. La fraude s'est déroulée sur une plateforme privée, qui a accepté des identifiants authentiques présentés par la mauvaise personne. La surveillance des registres, indispensable contre les sociétés fantômes et les micro-entreprises créées à votre nom, est aveugle ici par nature. Le premier signal a été… un avis client. C'est donc votre empreinte sur le web qu'il faut aussi surveiller.

Les conséquences, si personne ne voit rien

Cinq réflexes, dès aujourd'hui, gratuits

1. Créez des alertes sur vos identifiants

Sur google.fr/alerts, créez une alerte pour votre numéro SIRET entre guillemets, une pour votre numéro de TVA intracommunautaire, une pour votre dénomination exacte. Vous recevrez un e-mail dès qu'une nouvelle page les mentionne — y compris une page vendeur sur une place de marché étrangère.

2. Surveillez votre fiche Google et vos avis

Activez les notifications d'avis sur votre profil d'établissement Google. Un avis incompréhensible (« jamais reçu ma commande » alors que vous ne vendez pas en ligne, « escroc » sans contexte) est un signal à prendre au sérieux immédiatement, pas une réclamation à laquelle répondre poliment.

3. Vérifiez périodiquement les places de marché

Une fois par trimestre, cherchez votre dénomination et votre numéro de TVA sur les grandes plateformes européennes (Amazon .fr, .es, .it, .de, .pt ; eBay ; Cdiscount ; Zalando…). Les pages vendeur affichent les mentions légales du vendeur : c'est là que vos identifiants apparaîtraient.

4. Si un chiffre d'affaires inconnu apparaît : écrivez au SIE avant qu'il ne vous écrive

Le courrier préventif à votre service des impôts des entreprises est votre meilleure protection : vous exposez les faits, contestez par avance toute imputation liée à ces ventes, joignez vos preuves (captures de la boutique frauduleuse, signalements, plainte). Un dossier envoyé avant le contrôle vaut infiniment plus qu'une défense pendant.

5. Signalez, dans cet ordre

Et la signature sur les actes ?

C'est la faille la plus difficile à refermer : les actes déposés au greffe sont publics et le resteront. Deux précautions pragmatiques : ne signez pas vos contrats commerciaux avec exactement la même signature manuscrite que vos statuts (une signature électronique qualifiée pour les contrats importants est plus sûre et plus simple) ; et rappelez-vous que toute plateforme sérieuse vérifie l'identité du représentant avant d'ouvrir un compte — celles qui ne le font pas exposent leurs clients, et le dire publiquement fait bouger les choses.

Ce que Loukot fait, et ce qu'il prépare

Aujourd'hui, Loukot surveille les registres officiels — l'arme contre les sociétés et micro-entreprises créées à votre nom, les domiciliations sauvages, les mouvements inattendus sur vos propres sociétés. Le cas de Jean nous a convaincus d'aller plus loin : le module « Empreinte web », en préparation pour l'offre Dirigeant, recherchera automatiquement vos identifiants (SIRET, TVA, dénomination) sur le web et les places de marché européennes, vous alertera dès qu'une page nouvelle les mentionne, et surveillera les avis suspects — pour que le premier signal ne soit plus une étoile sur Google, mais une alerte Loukot, des semaines plus tôt.

Merci à Jean d'avoir partagé son expérience. Si vous avez vécu une situation similaire, votre témoignage peut aider d'autres dirigeants : écrivez-nous à contact@loukot.com.

Ces informations sont fournies à titre documentaire et ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal. En cas de contrôle ou de litige, rapprochez-vous de votre expert-comptable ou d'un avocat.